La Disparition des Abeilles

Aujourd’hui, un tiers de notre nourriture dépend directement de l’abeille, le pollinisateur agricole le plus important de notre planète. Or, depuis plusieurs années, des millions d’abeilles disparaissent mystérieusement.
Pourquoi ?
Avant tout qu’est-ce qu’une colonie d’abeilles ?
Chaque colonie est composée de :
• trois castes d’abeilles adultes : une reine, des ouvrières et des mâles ou faux-bourdons.
• du couvain : ensemble des oeufs, des larves et des nymphes des abeilles.
Une colonie d’abeilles domestiques compte de 40 000 à 60 000 individus durant la belle saison et chute à 15 000 voire 5 000 en hiver.
Au printemps la reine pond intensément de 1 500 à 2 000 oeufs par jour, suivie d’une relative stabilité de la population qui se poursuit jusqu’à l’automne, avec une ponte de plus en plus réduite.
Si la reine peut vivre jusqu’à cinq années, les ouvrières quant à elles ont une durée de vie différente selon les périodes de l’année auxquelles les oeufs ont été pondus. Les abeilles dites d’été ont une durée de vie qui s’échelonne de 3 à 6 semaines, elles sont constamment renouvelées. Celles nées en fin d’été ont une durée de vie longue, 27 semaines, puisqu’elles atteindront le printemps suivant.
Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles :
Il décrit le fait que des abeilles domestiques, à n’importe quelle époque (hors hiver où la ruche est en quasi sommeil), ne rentrent pas dans leur ruche et “disparaissent” massivement (aucun cadavre dans la ruche ou à proximité). Les pertes sont brutales : une colonie entière peut disparaître en une seule nuit. Curieusement, la reine abandonnée semble en bonne santé et souvent continue à pondre, alors qu’il n’y a plus assez d’ouvrières pour s’occuper du couvain. Les quelques abeilles restées à la ruche (de jeunes adultes) semblent manquer d’appétit et la production de miel chute fortement.
Plusieurs causes possibles :
Le Varroa, des parasites, le virus israélien de la paralysie aiguë :
*Les abeilles sont aussi victimes d’agents naturels tels que des parasites de la famille des acariens. Les varroas proviennent d’Asie et se sont installés en Europe dans les années 1960. Le varroa destructor est présent chez l’abeille domestique, il les affaiblit et propage des infections virales.
Mais depuis quelques années et un peu partout dans le monde, outre-atlantique en particulier, les varroas développent des capacités de résistance aux traitements.
*Des champignons tels que nosema apis infectent les abeilles en envahissant leur tube digestif, provoquant une dysenterie.
*Avec le virus israélien, l’abeille est prise de tremblement, puis de paralysie. En général, elle meurt à l’entrée de la ruche. Les symptômes sont différents de celui du syndrome d’effondrement, mais le virus est présent dans la plupart des colonies malades.
L’agriculture intensive, les transformations environnementales et climatiques :
*Des apiculteurs spécialisés dans la pollinisation à échelle industrielle font voyager leurs abeilles sur des dizaines de milliers de kilomètres pour polliniser d’immenses zones de monocultures (amandier de Californie par exemple). Ces déplacements incessants provoquent stress, désorientation, infections, et détruisent les notions d’espace et de saisons. Cette agriculture intensive réduisant la variété et le nombre de fleurs, les abeilles souffrent également de déséquilibre alimentaire. En 2005, cette économie mondiale de la pollinisation a été évaluée à plus de 153 milliards d’euros.
*En restructurant les paysages et en détruisant les haies, talus et bosquets, qui sont autant de sites de nidification pour les espèces sauvages, les hommes nuisent aux pollinisateurs et aux abeilles. La réduction de la biodiversité florale provoque également une raréfaction des ressources alimentaires. C’est un cercle vicieux: moins de plantes à fleurs amenuise les variétés de pollinisateurs ce qui accentue davantage la raréfaction des plantes.
Des insectes pollinisateurs indispensables :
Une récente étude anglo-hollandaise montre le déclin parallèle des populations de pollinisateurs et des plantes à pollen au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.
Les cultures maraîchères et fruitières dépendent largement des pollinisateurs et déjà les Etats-Unis ont importé massivement des abeilles d’Australie pour assurer la fertilisation de leurs vergers. En Chine, dans la province du Sichuan, des producteurs en sont réduits à fertiliser les fleurs de poiriers à la main, les pollinisateurs et les plantes à pollens de la région ayant été détruits par une utilisation incontrôlée de produits chimiques.
Les produits chimiques :
En France, en 1993, les apiculteurs constatent une baisse importante de la production de miel. Ils pointent du doigt l’utilisation du Gaucho (à base d’imidaclopride), un insecticide utilisé en enrobage des semences pour lutter contre les insectes ravageurs; il s’avère qu’il est très toxique pour certains insectes ravageurs tels que la pyrale du maïs, mais aussi pour les abeilles. En effet, ce produit est “systémique” : sa substance active pénètre dans la plante et se diffuse par la sève. C’est ainsi qu’il migre à faible dose jusque dans le pollen des fleurs.
“L’imidaclopride possède une forte affinité pour les récepteurs du système nerveux central qui conduit à la paralysie et à la mort des insectes”
Après le Gaucho, le Régent (à base de fipronil) est mis en cause. Tous deux sont progressivement interdits par l’État sur différentes cultures en France.
En 2007 et 2008, le Cruiser, à base de thiametoxam, est également dénoncé par les apiculteurs.
Une partie de la communauté scientifique estime néanmoins que les abeilles sont progressivement intoxiquées et affaiblies par différents insecticides. Leurs traces se retrouvent à doses sublétales dans les abeilles mais aussi dans les ruches.
On a découvert jusqu’à 170 produits chimiques dans les ruches de colonies malades et de colonies saines.
Bien qu’aucun produit chimique à lui seul ne semble être la cause du syndrome, les pesticides affaibliraient les abeilles. Ainsi, de nouveaux pesticides appelés néonicotinoïde (Gaucho, Cruiser…) sont suspectés d’avoir un effet imprévu sur leur capacité à s’orienter et à mémoriser leur chemin. Sans cette mémoire, l’abeille ne peut pas rentrer à la ruche, et la colonie dans son ensemble risque de s’effondrer.
La France est le 1er utilisateur européen de pesticides, avec 70 000 à 120 000 tonnes utilisées chaque année. Au niveau mondial, elle se place au 3ème rang après les USA et le Japon !
Les pistes à explorer : les synergies
La plupart des études scientifiques sur les abeilles et leur surmortalité ont porté sur l’analyse de facteurs isolés les uns des autres. Pourtant, il est possible que les facteurs soient multiples et interagissent, c’est-à-dire que des synergies existent. Des pesticides peuvent par exemple favoriser une infection causée par un champignon. Un mélange de pesticides peut aussi avoir des effets bien plus puissants que ceux de ces produits considérés individuellement.
De la même manière, des scientifiques de l’université de Penn State (USA) estiment que certains fongicides, en combinaison avec des insecticides néonicotinoïdes peuvent avoir des effets 100 fois plus toxiques que n’importe lequel de ces produits utilisés seuls.
Pour conclure, nous pouvons chacun à notre échelle faire un petit quelque chose; en commençant par ne pas utiliser de pesticides, fongicides, herbicides et autres produits chimiques qui polluent insidieusement et détruisent toute notre biodiversité, et qui ont aussi un impact important sur la santé de l’homme; nous pouvons également garder une partie de notre terrain non désherbé, non tondu, afin de permettre aux fleurs de revenir dans nos prés.
A bon entendeur salut.
Françoise Lassalaz
Sources :
* Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
* “le mystère de la disparition des abeilles” une enquête menée par Mark Daniels , qui a nécessité 18 mois de tournage (diffusé par Arte au mois de Mai 2010)
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